Les Règles du Savoir-Vivre dans la Société Moderne de Jean-Luc Lagarce
 
 

Cette pièce a fait l'objet d'une commande d'écriture par leThéâtre Granit/Ministère de la Culture.

Elle a été créée à Belfort au Théâtre du Granit, scène nationale, en Novembre 1994.

 

à propos des fiançailles...
Le fiancé envoie son premier bouquet le jour des fiançailles. Ce bouquet est composé de fleurs blanches, parmi celles que préfère la fiancée dans cette couleur. Il apporte lui-même la bague. Il a consulté discrètement pour savoir quelle est la pierre favorite de la jeune fille, car il ne doit pas acheter cet anneau au hasard. Il y a des fiancées qui ont peur des perles, parce qu'elles s'imaginent qu'elles présagent des larmes. C'est crétin, mais on ne peut commencer dès le jour des fiançailles à le dire. Quelle qu'elle soit, de toute manière, la bague doit être bien accueillie, c'est le moins qu'on puisse espérer, la jeune fille s'émerveille et s'exclame : "Ah..."
à propos des noces d'or...
On célèbre les noces d'or après cinquante années d'heureuse union. N'aurait-elle pas été heureuse, cinquante années, on célèbre tout de même. (...) Ils sont seuls, comme au commencement de leur vie à deux et ils se serrent l'un contre l'autre pour se tenir lieu de tout. Leurs fils et leurs filles - ceux qui ne les ont pas devancés là-haut -accourent autour d'eux, avec les enfants de leurs enfants; trois générations au moins les entourent. La fête est la même que celle des noces d'argent. Mais avec une intimité plus grande, pour ménager les héros du jour, car ils le sont, dont la vie est devenue fragile. On prend garde à ne pas transformer ce jour de fête en jour de deuil. Chacun leur a apporté son présent, jusqu'à l'arrière petit fils de deux mois, qui tient une fleur, pour eux, entre ses doigts, entre ses petits doigts inconscients.
 
à propos du mariage religieux...
Aux questions que l'on sait : "Prenez-vous pour femme...? etc."
Ils répondent : "Oui."
Ils ne désunissent pas leurs mains pour s'agenouiller sous la bénédiction du prêtre et l'aspersion, car aspersion.
Si on a bien voulu s'exercer chez soi, s'agenouiller en deux en se tenant main droite dans main droite n'est pas si difficile. On ne se marie qu'une fois et tout n'est jamais que question de volonté.
à propos du deuil....
On s'abstient de tous plaisirs, de toutes distractions, on reste chez soi, on ne rit pas à gorge déployée. Mais et toujours ainsi que cela continue et recommence, mais vers le début de la seconde période, on se permet des conférences sérieuses, des expositions. On fait des visites, on reçoit le mardi. Deux mois avant la fin, on rétablit le five o'clock tea, on donne un dîner, on assiste au concert, on sifflote dans son bain.
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